Fiche

Titre : Ne croyez surtout pas que je hurle
Edition : France, 2019, 1h15
Réalisation : et scénario : Franck Beauvais ; montage : Thomas Marchand ; son : Mathieu Deniau, Philippe Grivel, Olivier Demeaux ; production : Les films du bélier, Les films Hatari, Studio Orlando ; Distribution France : Les Bookmakers/Capricci Films.

Interprétation :

Documentaire

Auteur

Frank Beauvais, né en 1970, est un réalisateur, acteur et consultant musical français. Il est l’auteur d’une dizaine de courts métrages. Son documentaire, Je flotterai sans envie, a remporté le grand prix du court-métrage au Festival International du film Entrevues à Belfort, en 2008. Il est consultant musical pour un grand nombre de films et programmateur dans certains festivals.

Résumé

En voix off Frank Beauvais nous livre un journal intime. Sept ans après s’être installé avec son compagnon dans un village perdu dans son Alsace natale, il se retrouve seul à la suite de la rupture de sa relation. Il dit ce qu’ont été sa vie et sa dépression d’avril à octobre 2016, sur fond d’images extraites des quelque 400 films qu’il a visionnés pendant cette période pour se sauver.

Analyse

Frank Beauvais réussit le tour de force de faire un film sans caméra. C’est en effet un long monologue en voix off tandis qu’il projette des centaines d’images de films de tous genres, de tous horizons, de toutes les époques, de tous les pays, images dissociées de son propos. L’image n’est plus langage comme chez Godard, elle n’est qu’un soutien abstrait au langage. Ce film parlé revient à la suprématie du verbe, à la force évocatrice des mots, qui n’est pas sans rappeler Marguerite Duras. Et ces images données à voir mais pas à comprendre sont des soutiens nécessaires, une manière d’oublier ou de guérir la dépression profonde vécue par Beauvais. Confronté à la solitude, au désœuvrement, à son inadaptation profonde au mode de vie des villageois, la cinéphilie est devenue un remède contre la folie, une manière de se sauver en regardant 4 à 5 films par jour, pour s’oublier, pour exister à travers les œuvres des autres, « le lieu des obsessions magnifiques, où les mirages de la vie se teintent de sublime ».
Le texte de Beauvais, dans une langue magnifique, implacable, est de toute beauté. Une introspection intime, douloureuse en même temps qu’un pamphlet politique violent et acerbe. Un cri pathétique de désespoir contre les dérives de notre société actuelle, une révolte contre le nationalisme, le chauvinisme, le repli identitaire, le conformisme petit-bourgeois de cette campagne alsacienne, le désert culturel, les violences policières diverses, le sort des migrants.
Ce long monologue intérieur, bilan implacable de la quarantaine, à mi-parcours d’une vie, est d’une grande poésie et d’une beauté émouvante.
Marie-Jeanne Campana