Fiche

Titre : Atlantique
Edition : Sénégal, France, 2019, 1h 45
Réalisation : Mati Diop. Scénario : Mati Diop et Olivier Demangel. Photographie : Claire Mathon. Montage : Aël Dallier Vega. Musique : Fatima Al Qadiri. Distribution France : Ad Vitam.

Interprétation :

Mama Sané (Ada), Amadou Mbow (Issa), Ibrahima Traoré (Souleiman), Nicole Sougou (Dior).

Auteur

Née à Paris en 1982, Mati Diop est une actrice et réalisatrice française et sénégalaise, la nièce du grand réalisateur Djibril Diop Mambety. On lui doit notamment cinq courts métrages et un moyen métrage, récompensés par de nombreux prix dans les festivals. Atlantique,  son premier long, a obtenu le Grand Prix à Cannes 2019.

Résumé

Une fille, Ada, aime un garçon, Souleiman. Or, sous la pression de sa famille, elle doit en épouser un autre. Souleiman, avec des amis, s’embarque sur un bateau de fortune pour rejoindre l’Europe.

Analyse

Mati Diop a fait un film profondément africain dont le sujet est simple : une histoire d’amours contrariées. Autour de cette intrigue, tout le peuple sénégalais vit devant nous, avec ses côtés positifs et négatifs : la joie de vivre, la musique, l’amitié, l’amour, la beauté des jeunes corps, mais aussi la misère et la corruption.  Dakar est un personnage à part entière avec ses rues poussiéreuses et sa foule ; on y voit un maigre troupeau bovin errer dans la poussière et le béton de la banlieue. La religion musulmane est fondamentale, mais à la mode africaine c’est-à-dire largement animiste. Ainsi, l’imam pour chasser les djinns du corps d’une jeune fille lui fait boire une décoction dans laquelle ont trempé des versets du Coran ! Un homme d’affaires riche qui ne paye pas ses ouvriers, se pavane dans sa belle villa, tout en ayant une peur bleue des esprits convoqués par ses employés. L’Atlantique, quant à lui, est toujours présent, magnifique au soleil couchant mais mortel pour les hommes qui partent en pirogues pour l’Europe et en particulier pour Souleiman, l’amour de Ada.  La tension monte pendant une bonne moitié du film, dans une ambiance d’abord bon enfant, ensuite policière puis progressivement fantastique. En effet, vers la fin apparaissent des fantômes, parmi lesquels ceux des hommes péris en mer, un phénomène fréquent dans la tradition africaine qui mêle les vivants et les morts. Saluons aussi la présence continue d’une magnifique musique sénégalaise qui rythme parfaitement la vie des personnages. Un film foisonnant, plein de rires et de larmes, toujours vivant et sincère.
Jean Wilkowski