Fiche

Titre : Portrait de la jeune fille en feu
Edition : France, 2019, 120 min.
Réalisation : et scénario : Céline Sciamma – directeur de la photographie : Claire Mathon - montage : Julien Lacheray - musique : Jean-Baptiste de Laubier et Arthur Simonini – décor : Thomas Grézaud – production : Lilies Films - distribution en France : Pyramide-distribution

Interprétation :

Noémie Merlant (Marianne), Adèle Haenel (Héloïse), Luàna Bajrami (Sophie), Valeria Golino (La comtesse)

Auteur

Née en 1978, Céline Sciamma, scénariste et réalisatrice française, se sert de son scenario de fin d’études à la Fémis pour réaliser La vie des pieuvres, présenté à Cannes 2007 et Prix Louis Delluc. En 2010, Tomboy est à Berlin et, en 2014, Bande de filles à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes. Scénariste de tous ses films, C. Sciamma écrit aussi pour les autres : Ma vie de courgette (Claude Barras, 2015, César de la meilleure adaptation), Quand on a 17 ans (André Téchiné, 2016). Le portrait de la jeune fille en feu a obtenu le Prix du scénario à Cannes 2019.

Résumé

1770 : Marianne est peintre et doit réaliser le portrait d’Héloïse, une jeune fille que sa mère vient de sortir du couvent, pour la donner en mariage à un riche Milanais. Héloïse résiste à ce mariage et refuse de poser. Marianne, présentée comme dame de compagnie, est censée la peindre en secret.

Analyse

Nous savons dès le générique qu’il s’agit d’un long flash-back : Marianne, professeure de peinture interrogée sur un tableau qu’elle a peint autrefois et qui représente une « jeune fille en feu », se remémore un épisode de sa vie qui l’a marquée à jamais.  Nous voilà transportés des années plus tôt, en Bretagne, dans un château presque désert où vont évoluer, se regarder, se découvrir, s’aimer, se soutenir, s’affronter quatre femmes, la peintre, la jeune fille, sa mère et la servante, incarnées par de formidables actrices, avec une mention spéciale pour le jeu subtil d’Adèle Haenel et l’époustouflante présence de Noémie Merlant.
C’est un film qui parle de désir, d’amour et des traces qu’il laisse en nous, mais aussi de création, et d’émancipation des femmes, de solidarité, de sororité. Il offre une réflexion subtile sur les rapports de pouvoir ou de séduction entre un peintre et son modèle, et aussi sur le regard, regard du sujet et objet du regard.
C’est aussi un jeu, le jeu du mensonge et du faux-semblant, de ce qui est dit et de ce qui es tu : Héloïse, dans la rébellion mais peut-être pas dans la résistance, Marianne, peintre en vrai, et pas dame de compagnie, Sophie qui cache son secret jusque tard dans le film.
C’est le film de l’alliance des contraires. Au romantisme d’une histoire d’amour clandestine et forcément contrariée répond l’exploration de la sensualité sous toutes ses formes, de la musique aux émois de la chair. Sa facture classique, voire contenue et un peu raide dans la première partie met en valeur le modernisme des thématiques. A la pudeur de l’expression, à l’élégance et la fluidité de la mise en scène, à la narration épurée répondent le lyrisme des images, la beauté des somptueux paysages de Bretagne ou des intérieurs dépouillés, éclairés à la bougie, tous magnifiés par la photographie de Claire Mathon.
Le scénario (récompensé à Cannes) offre une construction maîtrisée, une narration sans bavure ni longueur (malgré les deux heures du film) et des dialogues épurés et percutants, des paroles inattendues dont le sens résonne et donne à penser.
Soulignons la façon dont C. Sciamma introduit la musique, presque absente du film, dans quelques séquences bouleversantes : celle de L’été de Vivaldi et un chœur de femmes qui scande a capella dans la nuit Fugere non possum (Fuir, je ne le peux).
Il faudrait enfin évoquer la variation autour du mythe d’Orphée et Eurydice… il y a tant de choses à voir et à revoir dans ce film dont le spectateur sort ébloui, bouleversé, presque sonné par la beauté des images et l’effervescence des émotions.
Nic Diament (Issy-les-Moulineaux)