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Psaume 144

Psaumes 105

Liberté de conscience et laïcité aujourd’hui : Laïcité et convictions religieuses

Conférence prononcée à la Maison de Pierre et Marie Durand, lundi de Pentecôte 2003,

par Alain Boyer

Ce n’est pas sans émotion que je suis aujourd’hui parmi vous, sous ces châtaigniers vénérables, à côté de la maison de Pierre et Marie Durand, haut-lieu du protestantisme ardéchois, auquel me relient tant de souvenirs et d’attachements. Ces souvenirs ont peuplé mon enfance, et il est bon de venir s’y ressourcer. Certes le protestantisme abhorre le culte des saints et des martyrs ; il ne connaît pas non plus de lieux saints. Et pourtant, il doit aussi, sous peine de disparaître, cultiver la mémoire des témoins pour s’en inspirer, pour revivre et réactualiser leur action. En effet si, comme l’ont vécu Pierre et Marie Durand, il n’y a qu’un seul Seigneur, il convient de repérer Son oeuvre dans le monde : comme le répète le peuple d’Israël, il faut revivre chaque année la sortie d’Égypte : “ souviens-toi, ” “ Zahhor ” est un mot d’ordre imprescriptible, “ souviens-toi que tu as été esclave en Égypte, que tu as été étranger ”, pour pouvoir être proche des esclaves, des étrangers et des faibles. Tous ces actes vécus par le peuple, souvent à travers des histoires individuelles, celles des patriarches, celles des prophètes, celles des prêtres et des rois, à travers, et malgré leurs faiblesses, il faut en faire mémoire et en transmettre la mémoire : “ Tu enseigneras à tes enfants ”… Et c’est sur cette terre, dans cette histoire, que se produit d’abord l’incarnation.

Ici, il convient de faire mémoire de ce qu’a été la vie de Pierre et Marie Durand, dans les persécutions, dans leur supplice comme dans leur enfermement, alors qu’il aurait été si simple de céder aux sirènes de la facilité et de dire ces seules paroles : “ je me réunis… ”. Cette fidélité qui paraissait à leurs ennemis de l’entêtement, voire de la folie, ou du bourrage de crâne, était simplement une vie offerte pour la plus grande gloire de Dieu. “ Scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs ”, tel est l’Évangile de Jésus-Christ mort et ressuscité !

Je vais maintenant tenter d’indiquer comment le combat de Pierre et Marie Durand nous amène aujourd’hui à vivre de façon nouvelle la laïcité, quand de nouveaux défis sont à relever et quand de nouveaux combats sont à mener. Une seule chose demeure éternellement, la foi en Jésus Christ qui nous libère. Mais, cette foi a besoin de témoins, d’apôtres qui sachent discerner comment la vivre, comment la transmettre, comment agir pour faire reculer le mal, la violence et la guerre. A chaque époque, en chaque lieu, les interpellations sont diverses : “ que la moisson du monde est grande, suscite ô Dieu des moissonneurs ”.

Pierre et Marie Durand ont vécu jusqu’au sacrifice cette foi sans compromission, dans un lien direct avec Dieu, à travers Jésus Christ comme seul médiateur, en étant sauvés par la grâce seule fondée sur les seules Écritures, à la suite du sacrifice unique et parfait, accompli une fois pour toutes sur la croix par Jésus, notre frère en humanité.

Ce lien direct peut être aujourd’hui vécu librement, et en communauté. Mais, l’essentiel n’est-ce pas cette foi brûlante ? Et si le sel avait perdu sa saveur depuis cette époque ? et si l’on méditait cette parole : le Seigneur, “ s’il revenait aujourd’hui, trouverait-il la foi ? ”, rencontrerait-il une Église vigilante, aurait-il les vierges sages face à lui, espérant toujours ardemment, malgré tout, la venue de l’Époux ? Évoquons ici la foi, malgré tout, malgré le temps qui s’écoule, malgré les persécutions, exprimée par nos frères juifs : “ Ani Maamin ”,. “ Quand même il tarderait, je crois fermement que le Messie viendra... ”

Pour nous chrétiens, Il est venu, Il est là… mais le monde ne l’a pas connu. Nous sommes dans le déjà là et le pas encore, en tension dans la joie de Pâques, de la Résurrection et l’attente de son retour, et l’avènement du royaume des cieux et de la Jérusalem céleste. “ Vous êtes le sel de la terre ” dit Jésus ; nous sommes le sel de cette terre, dans la diversité des sels... mais avons-nous gardé notre saveur ? et qu’est-ce qui fait notre saveur ? Ce sont nos convictions, notre foi, notre témoignage, les raisons si diverses que nous avons de vivre debout.

I – Le combat pour la liberté de conscience débouche sur la laïcité.

Si l’on trouve dans les écrits de Pierre et de Marie Durand la revendication de la liberté de conscience, certains ont prétendu qu’ils n’y mettaient pas la même attente que nous. Peut-être. Leur revendication allait en tout cas à l’encontre des conversions forcées, des dragonnades comme des signatures extorquées, des aveux arrachés, des enfants enlevés à leurs parents. Mais il s’agit d’une conviction profonde que la foi ne peut être que libre, qu’une conscience violée n’est pas une conscience. Le baptême n’est pas un acte magique ; s’il est accompli contre la volonté intime, contre la volonté des parents aussi, il ne fait pas automatiquement un chrétien. L’Église catholique a pourtant validé, sous Pie IX, tout récemment béatifié par Jean-Paul II, les baptêmes des enfants Coen et Mortara, et il a fallu toute une bataille, après la Choa, pour rendre les enfants Finaly à leur famille. Comme dans d’autres religions, le Coran proclame “ point de contrainte en religion ”, mais que de fois les religions, par souci de pouvoir, par désir d’imposer leur vérité trop humaine, ont agi à l’encontre de ces beaux principes !

Nous savons la forte impression que fit sur le jeune protestant ardéchois Boissy d’Anglas, futur conventionnel, et auteur de la première séparation des Églises et de l’État, la visite qu’il rendit, à l’âge de 5 ans, avec sa mère, à Marie Durand, à la tour de Constance. Il en revint avec la conviction que l’État n’avait pas à intervenir en matière de dogme, qu’il n’avait pas à décréter quelle était la vraie religion, qu’il devait simplement veiller au libre exercice des cultes.

Ce fut un long combat que celui de la laïcité. Alors que la Révolution de 1789 affirmait les grandes libertés, la Déclaration des droits de l’homme proclamait, certes avec quelque réticence, la liberté religieuse, car jusqu’alors l’État avait appuyé son pouvoir, pour le meilleur et pour le pire, sur celui de l’Église, dans cette fameuse et pernicieuse alliance du trône et de l’autel.

Désormais, le pluralisme était accepté, la nation était formée de citoyens de diverses convictions : aussitôt les protestants, dès 1789, puis les juifs, en 1791, pouvaient être émancipés. Pour les esclaves de nos colonies, le combat allait être plus long encore, de la révolte de Toussaint Louverture jusqu’à l’action de Victor Schoelcher, et la Révolution de 1848 : ils étaient considérés comme des marchandises ; leur libération portait atteinte, selon les adversaires des “ Amis des Noirs ”, au sacro-saint droit de propriété !

Mais, la Révolution ne respecta pas ses principes : elle réglementa l’organisation de l’Église catholique par la Constitution civile du Clergé, ce qui amena la condamnation pontificale, le schisme de l’Église de France, la lutte anticatholique, puis antireligieuse, l’opposition des deux France, qui parcourt l’histoire de notre pays.

Pour rétablir la paix civile, Bonaparte signa le Concordat, et restaura l’Église, mais la religion catholique n’était plus que “ la religion de la grande majorité des Français ”, le pluralisme religieux devenait la règle, la loi de l’État prévalait avec le Code Civil permettant le divorce et laïcisant l’état civil. Pour les cultes protestants et pour le culte israélite, Napoléon édicta les Articles Organiques, instituant le régime des cultes reconnus qui dura jusqu’en 1905 et qui existe encore de nos jours en Alsace Moselle. Ces cultes reconnus bénéficient alors d’avantages certains : l’État les salarie et les subventionne, pour mieux les contrôler. Mais, s’il y a des cultes reconnus, il y en a qui ne le sont pas. Cette discrimination qui frappa au XIXème siècle des mouvements de réveil, les méthodistes, les darbystes et les baptistes, allait de plus en plus à l’encontre des convictions protestantes, (à Dieu seul la gloire, le sacerdoce universel) ; les Églises reconnues supportaient de plus en plus mal les contraintes de ce régime et l’Église réformée critiquait la difficulté de se réunir en synode national.

Les protestants appuyèrent au cours du XIXème siècle toutes les étapes de la laïcisation : suppression des prières publiques obligatoires, laïcisation des prétoires, des hôpitaux, des cimetières et surtout les grandes lois sur l’école de Jules Ferry qui permettaient la généralisation de l’instruction publique obligatoire que la loi Guizot de 1833 avait largement préparée.

De nombreux protestants surtout libéraux (Buisson, Pécaut...) s’engagèrent dans l’école laïque et les protestants renoncèrent à leurs écoles confessionnelles pour devenir le levain dans la pâte républicaine.

La laïcité devint un combat politique contre le cléricalisme, c’est-à-dire contre la prétention de l’Église catholique de régenter la cité selon ses normes, d’imposer ses convictions, d’exercer le pouvoir. Il convient de rappeler que l’Église catholique alors condamnait toutes les idées modernes de liberté et de démocratie (dans le Syllabus) et, devenant de plus en plus ultramontaine, soumise à Rome, elle allait condamner Loisy et le Sillon.

Durant l’affaire Dreyfus, l’Église catholique utilisa l’antisémitisme pour saper la République laïque. Comme l’a rappelé Jean Baubérot, l’antijudaïsme traditionnel de l’Église (étudié par Pierre Sorlin) s’exprimant dans La Croix des assomptionnistes, s’accompagnait d’un antiprotestantisme virulent. Au contraire, les protestants vilipendés par Maurras avec les juifs et les francs-maçons dans le “ syndicat ” et mêlés dans la condamnation des trois R (Renaissance, Réforme et Révolution) rêvaient de protestantiser la France et de répandre les idées de tolérance, de liberté de conscience et de libre examen.

La loi de 1901 créant les associations et soumettant les congrégations catholiques à un régime très restrictif, comme la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, ont largement satisfait alors l’opinion protestante.

II – La laïcité aujourd’hui, nouveaux défis, nouveaux combats

En fait, la laïcité de la IIIème République et la séparation de 1905 se sont peut-être révélées pour le protestantisme une victoire à la Pyrrhus…

Pourtant la laïcité permet la liberté de l’acte de foi. L’État se déclare incompétent pour définir les croyances légitimes.

“ La France est une République laïque (…), elle respecte toutes les croyances ”. L’État ne choisit pas non plus entre la croyance et l’incroyance. Tous les citoyens sont égaux. Il n’y a pas de discrimination fondée sur l’origine ou sur les convictions. La loi de 1905, dès son article 1, affirme la liberté de conscience, la liberté religieuse et le libre exercice des cultes, c’est-à-dire une liberté à la fois individuelle et collective.

Il n’y a pas, contrairement à ce que l’on a souvent dit, privatisation de la religion, mais la religion n’a plus désormais de statut officiel et les citoyens, croyants ou incroyants, sont égaux et protégés par la loi. Il n’y a donc plus d’avantage à croire, ce qui doit permettre une purification de l’acte de foi... et ouvrir des perspectives de dialogue interreligieux, dans le respect de l’autre différent, sans crainte, ni de prosélytisme, ni de syncrétisme, mais dans la confiance. Certes, toute rencontre comporte un risque, car si elle est vraie, j’en sortirai différent, même si je n’ai pas été convaincu, car il y aura eu respect, échange et enrichissement. C’est pourquoi tous les intégristes refusent ces dialogues, car au fond ils ont peur d’avoir à bouger, à changer, à exprimer leur foi en des termes nouveaux, adaptés aux situations concrètes et aux besoins du temps. Comment parler de Dieu, de Jésus-Christ, du Saint-Esprit, mais aussi du péché, du salut, du bonheur, en des termes compréhensibles aujourd’hui ? S’il faut être présent au monde cela ne veut pas dire copier le monde, adopter toutes ses valeurs. En effet, les valeurs actuelles, l’argent, la réussite, le pouvoir, la domination, peuvent très bien devenir des idoles qui écrasent l’homme. Or, le message du Christ a été “ hors normes ”, en refusant le culte des idoles et en particulier le culte impérial, en renvoyant César à César, en remettant en cause l’esclavage, en supprimant les barrières sociales et nationales, en revalorisant la loi, les interdits et les prescriptions pour les mettre au service de l’homme. Ne vous conformez pas au monde, mais ne le rejetez pas non plus, car c’est ce monde dans ses imperfections, ses souffrances, ses attentes et ses espérances que Jésus est venu sauver, à qui il adresse une Bonne Nouvelle et un appel à se mettre en route et à construire la Jérusalem céleste.

Cette liberté de l’acte de foi est fondamentale et elle amène aussi à relire notre histoire et l’histoire des religions, peut-être aussi à interroger nos préjugés et réponses, nos convictions. “ Point de contrainte en religion ” proclame le Coran et on peut le rappeler à nos frères musulmans, pour qui il serait de loi divine que la conversion (l’apostasie) soit punie de mort et que le mariage d’une musulmane et d’un chrétien soit interdit. Mais, revoyons aussi en ce lieu l’histoire du christianisme avec ses conversions forcées, ses croisades, l’inquisition, le bûcher pour Michel Servet, et plus près de nous, l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus , le relevé des erreurs modernes, dont la liberté de conscience. N’oublions pas ce que l’on a pu tirer de la parabole du festin et de la parole du Christ : “ contrains-les d’entrer ”, pour justifier l’intervention du bras séculier pour gagner des fidèles au Christ par la force et s’attirer soi-disant des mérites dans le ciel. Et examinons aussi certaines conceptions magiques des sacrements qui faisaient du petit baptisé contre l’avis de ses parents la propriété de l’Église, ou qui ont amené les accusations de déicide, de crime rituel et de profanation d’hosties contre nos frères juifs, “ l’enseignement du mépris du judaïsme ” de la part du “ Verus Israël ” qui n’a fait place que bien récemment à l’enseignement de l’estime.

Cette liberté inquiète naturellement les institutions religieuses qui savent que leurs ouailles ne leur appartiennent pas, que leurs fidèles peuvent leur échapper. Et lorsqu’une Église ou un groupe religieux détient un pouvoir, il peut avoir la tentation d’abuser de ce pouvoir pour exercer des pressions sur les âmes et ces pressions peuvent avoir recours au glaive temporel (“ surveiller et punir ” selon Foucault), mais aussi susciter des pressions sociologiques et psychologiques… qui peuvent être exercées à l’intérieur de tout groupe religieux.

S’il est normal de vouloir témoigner, convaincre de sa foi, jusqu’au martyre, il faut respecter d’abord l’autre. Il faut d’abord faire appel à la raison. Le “ credo quia absurdum ” ne peut pas être accepté. Il peut y avoir certes des réalités qui nous dépassent, des mystères, à commencer par les merveilles de la création et plus encore la question du pourquoi de la création (“ pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ” de Leibnitz), à la base de la métaphysique. Mais la religion a besoin de l’intelligence, des Lumières, qu’elle a trop souvent fuies, pour s’inscrire dans une culture.

Et puis si nous avons reçu la Parole, nous n’en sommes pas maître, elle nous est donnée, nous devons la transmettre, nous devons proposer la foi, sans plus. Pour reprendre les réflexions de Martin Luther sur la prédication : “ Laissez agir Dieu et sa Parole. Les coeurs des hommes ne sont point en mon pouvoir. Je ne les ai pas en mains pour les manier à mon caprice. Je vais jusqu’à l’oreille. Pas plus loin. Le coeur échappe à mon emprise. Ne pouvant y verser la foi, je n’ai nul droit de forcer et de contraindre. Dieu seul, en se donnant au coeur, peut lui donner vie. Annonçons donc la Parole et abandonnons l’issue à Dieu ”.

La loi de 1905 inscrit l’organisation des cultes dans le droit associatif ; la conviction religieuse n’est plus de la responsabilité de l’État qui doit accepter la libre organisation des Églises et des cultes, la diversité des confessions de foi, la liberté des consciences, mais aussi des témoignages collectifs. Il lui revient seulement de garantir la liberté et l’égalité entre les cultes, et d’abord le libre exercice des cultes.

C’est d’ailleurs dans un souci de liberté que l’État veille à ce que les cultes aient les moyens de s’exercer, avec les édifices du culte mis à leur disposition, et à ce que des aumôneries puissent être organisées et, si nécessaire, à sa charge, lorsque les circonstances empêcheraient le libre accès aux lieux de culte (prison, hôpitaux, armées, internat...), ce qui est prévu dès l’article 2 de la loi de 1905 en son alinéa 2, alors que l’on n’a retenu que le premier alinéa : “ la République ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie aucun culte ”. Eh bien, la République doit tenir compte des consciences et de la foi de ses citoyens… et organiser des aumôneries et par là même être en contact avec les différents cultes qui en assurent le service.

Il n’est pas possible, il n’est pas souhaitable de revenir à la situation de 1905 comme certains le réclament. Pas souhaitable, parce que l’on était alors en plein affrontement des deux France. L’anticléricalisme au pouvoir s’en prenait alors (en les plaçant sous le coup du “ délit de congrégation ” non autorisée) aux congrégations qui, depuis, ont trouvé à se développer largement dans le cadre de la reconnaissance légale qui leur offre de nombreux avantages en particulier fiscaux. La loi de 1905 fut condamnée par l’encyclique Vehementer Nos et le Pape interdit alors la constitution d’associations cultuelles qui n’auraient pas reconnu la primauté de l’évêque. Loi d’apaisement et de conciliation pour ses auteurs, Jean Jaurès, Aristide Briand et Louis Méjan, elle fut vécue par beaucoup comme une loi d’affrontement et conduisit dans certaines régions aux troubles des inventaires. Tout ceci est maintenant largement oublié, en particulier depuis les Accords Briand Ceretti de 1923 et l’acceptation par le Saint-Siège des cultuelles diocésaines par l’encyclique Maximam en 1924.

Mais surtout un retour à 1905 n’est pas possible. Le paysage religieux a changé. Moins de 15 % des Français se considèrent comme des pratiquants réguliers et moins de la moitié croient à la résurrection, si 60 % reconnaissent encore avoir un lien avec le catholicisme. Des cultes nouveaux sont apparus, orthodoxes, chrétiens orientaux et arméniens, musulmans, bouddhistes, hindouistes et tant d’autres auxquels il est nécessaire de faire une “ place à la table de la République ” (J.-P. Chevènement). En effet, si tous les cultes sont théoriquement, juridiquement égaux, les cultes reconnus bénéficient de nombreux avantages de fait, symboliques par leur préséance et leur place lors de la cérémonie des voeux au Président de la République, mais bien réels, à travers les avantages fiscaux et plus encore le patrimoine d’édifices religieux dont ils disposent. Et parmi eux, le culte catholique apparaît comme particulièrement avantagé parce que la grande majorité des cathédrales, propriétés de l’État, et des églises, propriétés des communes, sont mises gratuitement à sa disposition par le biais de l’affectation légale.

Au contraire, les cultes nouveaux sur notre territoire souffrent d’inégalités de fait qu’il est urgent de compenser, en terme d’édifices du culte, d’aumôneries, de carrés confessionnels, d’abattage rituel, de pèlerinage, de pratiques des fêtes... N’oublions pas que dans notre République laïque, nous vivons avec un calendrier chrétien et même catholique avec la Toussaint et le 15 août, conséquence du voeu de Louis XIII consacrant la France à la Vierge Marie, tandis que la fête de Jeanne d’Arc est une fête légale durant laquelle il convient de pavoiser.

Il importe de restreindre le plus possible le champ de ces inégalités pour faciliter l’intégration des citoyens d’autres confessions. La mémoire de Pierre et Marie Durand nous invite à les accueillir comme nos concitoyens et nos prochains. Nous ne pouvons que saluer ici l’effort constant des pouvoirs publics, de Pierre Joxe à Nicolas Sarkozy en passant par Charles Pasqua ou J.-P. Chevènement, pour accueillir nos frères musulmans et les aider à se doter d’instances représentatives.

Mais cet accueil n’est sans doute pas suffisant.

Quelle place accorde-t-on dans l’espace public aux convictions, en particulier religieuses ? On doit reconnaître que certaines conceptions de la laïcité (le “ laïcisme ”) restent hostiles à l’expression publique de la foi, et voudraient la réduire au for intérieur, sans aucune possibilité de témoignage et d’expression publique. Plus encore, la déstabilisation des institutions religieuses, la profusion du supermarché du religieux, la montée des nouveaux mouvements religieux ont jeté la suspicion sur beaucoup de phénomènes accusés d’être sectaires. Ce sont les médias, c’est l’opinion publique qui ont amené les pouvoirs publics à engager un combat contre les sectes : les rapports parlementaires se sont succédé, on a créé l’Observatoire des sectes, puis la Mission interministérielle de lutte contre les sectes et la loi Picard About permet de poursuivre les mouvements pseudo-religieux qui abusent des faibles. Mais il n’existe pas de définition juridique de la secte, car on en viendrait à s’en prendre à des convictions : on n’incrimine que des comportements sectaires. L’évolution principale a consisté à passer de la personne physique qui, sous des considérations ou des prétextes religieux commettrait des délits, à la personne morale, l’association, qui encourage ou favorise ces délits. Mais le législateur n’a pas pu pénaliser globalement la manipulation mentale. Il en est toutefois résulté un discrédit général pour toutes sortes de mouvements “ hors normes ”. Le rapport Vivien en dressant une liste de mouvements sectaires a créé de nombreuses difficultés à des groupes “ inoffensifs ”, pour reprendre les termes officiels, dont certains se rapprochent du protestantisme évangélique. On a amené les pouvoirs publics à déterminer ce qui est “ religieusement correct ”, ce qui est en fait contraire à la loi de 1905. En effet, pour l’État les croyances se valent, sous réserve du respect de l’ordre public, des bonnes moeurs et des lois de la République. La déclaration en qualité d’association cultuelle, ayant pour objet exclusif le culte, est libre, et l’Administration est tenue de la recevoir ; mais cette déclaration n’entraîne pas automatiquement le bénéfice des avantages en particulier fiscaux des associations cultuelles qui y sont liés, ce qu’on appelle la grande capacité légale. Elle n’est accordée que si l’association remplit un certain nombre de conditions, d’ancienneté, d’universalité, de respect des lois de la République, d’exercice exclusif du culte..., tout ceci se faisant sous le contrôle du juge administratif et du Conseil d’État en dernière instance.

Mais la méfiance s’est installée en particulier en cas de réunions de prières trop fréquentes, de séances de guérison et d’imposition des mains, qualifiées parfois d’exercice illégal de la médecine, de pratique de la dîme dénoncée comme extorsion de fonds, sans parler des pratiques végétariennes, du refus des transfusions sanguines ou de la vaccination, pouvant conduire à l’incrimination pour mise en danger d’autrui ou non-assistance à personne en danger. On a été très sensibilisé aux risques de prosélytisme dans l’enseignement, dans les mouvements de jeunes... on a dénoncé certaines pratiques du scoutisme à la suite d’incidents réels, mais qui auraient pu aboutir à ne plus permettre d’organiser de sorties de jeunes. Une brochure de l’Éducation nationale de février 2002 “ Prévention des risques de prosélytisme sectaire ” pose directement la question : “ L’appartenance d’un fonctionnaire de l’Éducation Nationale (à une secte) est-il constitutif d’une faute susceptible de poursuites disciplinaires ? ” ; ­même en l’absence de faute de la personne, si le fonctionnaire n’a commis aucun manquement aux obligations de neutralité et de réserve et si aucun trouble à l’ordre public ne peut être établi, cette présence “ peut créer une situation préjudiciable au bon fonctionnement du service ”1 ; dans ce cas l’administration pourrait légalement chercher à y mettre un terme, dans l’intérêt du service public. On voit jusqu’où pourrait aller une chasse aux sorcières, pardon, aux convictions…

Dans sa préface à l’ouvrage de Dominique Kounkou, La religion, une anomalie républicaine, Émile Poulat écrit 2 : “ La laïcité peut être une passion intellectuelle, selon l’expression d’Élisabeth Badinter, tout comme la liberté et la raison. Mais qu’est-ce qu’une liberté qui rapporte tout à elle, à sa manière de voir et de juger, et qui, au-delà, ne voit qu’obstacles à vaincre, désirs à satisfaire, rêves à réaliser ? Qu’est-ce qu’une raison que ses raisons ne font que conforter dans l’idée qu’elle a raison avec d’autres qui raisonnent comme elle ou, à la limite, seule contre tous ? La liberté et la raison sont d’abord un don de naissance et donc une dette. Elles sont la fenêtre ouverte sur autrui et sur le monde qui permet à chacun - et l’oblige - à sortir de soi ”.

C’est bien l’enjeu des débats que l’on peut mener avec les athées, l’Union rationaliste ou le Grand Orient de France. Les chrétiens aussi sont laïques, mais ils affirment la légitimité des convictions et des croyances. Le matérialisme historique et soi-disant scientifique n’est pas la fin de l’Histoire. La liberté de conscience, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire.

On a trop voulu cantonner les religions au for intérieur et à leur gestion interne, ce qui les réduit à devenir une peau de chagrin et c’est vrai en particulier pour le protestantisme traditionnel, face aux courants évangéliques. La “ petite musique huguenote ” chère à André Encrevé continuera-t-elle à être entendue, si elle ne se ressource pas à la foi vivante et à l’eau vive du Seigneur ?

On connaît les reproches qui peuvent être faits, en particulier par la Fédération Protestante de France, aux insuffisances de la loi de 1905 dans son application actuelle qui pourrait mettre le protestantisme “ hors la loi ” pour reprendre le titre d’un article de Réforme, en particulier le lien automatique avec la loi de 1901 qui pourrait interdire à un pasteur d’être membre du conseil presbytéral ou a fortiori de le présider, ou le critère de l’exercice exclusif du culte qui pourrait interdire à une paroisse de vendre des Bibles ou de donner une aumône à des nécessiteux de passage.

Plus globalement se pose le problème de la transmission de la foi, et du prosélytisme qui n’a été réglé ni par l’Éducation nationale, car ce n’est pas son rôle (contrairement à l’enseignement des faits religieux dont elle commence à admettre la nécessité) ni par la loi de 1905 qui ne concerne qu’une partie de la laïcité, confrontée de plus en plus au problème de l’expression des convictions dans la sphère publique et du port des insignes religieux, non par les agents mais par les usagers des services publics.

“ Les religions traditionnelles en France ont le sentiment d’avoir gagné leur liberté et perdu leur position. Les groupes nouvellement arrivés ont le sentiment que la liberté leur est laissée à la marge, dans l’indifférence, la méfiance, ou même la réprobation. Les pouvoirs publics craignent de se voir débordés par la montée d’un islam, vivier d’un islamisme redouté, et qu’un pullulement de “ sectes ” prospèrent sur le recul de l’influence des grandes Églises. Les esprits laïques et libres penseurs sont troublés ou même irrités en constatant que le paysage ne correspond pas du tout à ce qu’escomptaient les auteurs des “ lois laïques ” de 1880 à 1915, à savoir le dépérissement déjà bien avancé de la religion ”.3 Or la religion n’est pas morte…on parle même d’un retour du religieux… mais sous des formes nouvelles et parfois surprenantes. Face au consensus mou, aux seules valeurs marchandes, ce qui importe, c’est l’affirmation des convictions, mais des convictions ouvertes qui dépassent les réflexes identitaires et le repli sur des communautés d’origine ethnique ou nationale, pour concourir à la construction de la citoyenneté, de la cité terrestre, amorce et prémices de la cité de Dieu, de la Jérusalem céleste où se retrouveront toutes les nations, selon les promesses bibliques, du prophète Zacharie à l’Apocalypse.

Pour aborder cette question des rapports entre conviction et laïcité, on pourrait reprendre la conclusion d’une intervention de Jean Baubérot à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine sur “ Laïcité, tolérance et conviction ”4.

“ J’estime que la bonne mesure dans une société laïque consiste à dire que Jésus-Christ doit être respecté comme Jean Jaurès ou de Gaulle. Je ne demande pas plus, je ne demande certes pas une sacralisation sociale, je ne demande pas moins. Je ne demande pas à tout le monde de considérer Jésus-Christ comme son Sauveur, mais ce qui serait inconvenant à la télévision dans la manière de parler de Jean Jaurès, reste inconvenant quand on parle de Jésus-Christ. Cette règle est conforme aux règles de la laïcité. Car il s’agit de ne pas confondre la laïcité qui a une existence objective, un corpus juridique qui fait loi et qui est même une réalité constitutionnelle servant de base à la vie en France, avec l’opinion de tel ou tel, ou le manque de respect de l’opinion d’autrui dont certains se rendent coupables quand ils sont en position de pouvoir. Face à de tels abus, il faut se défendre calmement, sereinement, dans le respect du pluralisme et le respect d’autrui. Car “ aimer son prochain comme soi-même ”, cela veut dire aussi qu’on respecte effectivement son prochain tout en lui demandant de nous respecter ”.

Reprenons les réflexions de Sébastien Fath, dans le même ouvrage, sur “ De l’Édit de Nantes à la laïcité, quel pluralisme religieux ? ” :

“ Plutôt qu’une “ laïcité-silence ” ou qu’une “ laïcité-ignorance ”, c’est une “ laïcité-ouverte ”, selon la distinction faite par l’historien Gérard Cholvy, qui s’esquisse dans cette perspective, “ celle qui expose, confronte au risque d’affronter ”, mais qui provoque aussi, dans l’étincelle de la rencontre avec l’autre, une vie sociale plus riche, moins schizophrène, et nourrit ce petit quelque chose qui fait qu’il est si bon d’être un humain. Le chantier est vaste : cette question des formes du pluralisme religieux, dans notre société que l’on dit “ post-chrétienne ” (E. Poulat), s’affirme comme l’un des enjeux-clefs de la réflexion sur la laïcité, et une problématique forte pour notre temps ”.5

Certes, les lois laïques et la Séparation de 1905 ont été violemment condamnées à l’époque par Rome (encyclique Vehementer Nos) et par l’Église de France (troubles des inventaires). Mais dès l’Union sacrée de 1914, on trouva un modus vivendi et, après les accords Briand Ceretti de 1923-24, on est arrivé à une “ concorde sans concordat ”, avec la reconnaissance de la légalité des associations cultuelles diocésaines présidées, de droit, par l’évêque ordinaire du lieu. Peu à peu, l’Église put obtenir de nombreux avantages pour la construction de nouveaux lieux de culte, pour l’entretien des églises paroissiales, avantages fiscaux, déductibilité fiscale des dons manuels, régime très favorable de sécurité sociale pour ses ministres du culte et ses religieuses et religieux, reconnaissance légale des congrégations et, bien sûr, le financement public des écoles privées sous contrat. Tout ceci vaut théoriquement pour tous les cultes, mais profite très largement d’abord au culte catholique. Et le législateur en vient à oublier que les associations cultuelles avaient été prévues pour des associations locales et que les “ diocésaines ” catholiques sont des dérogations à la règle. L’État en vient à désavantager fiscalement les petites associations et à empêcher la rémunération de dirigeants, c’est-à-dire à limiter les possibilités de traitement et les avantages en nature des pasteurs par ces associations dont ils sont membres de droit.

Alors que se profile la perspective de la commémoration du centenaire de la loi de 1905, il faudra aussi examiner ces points concrets, afin de veiller à l’égalité entre les cultes et au libre exercice des cultes, conformément aux principes proclamés par notre Constitution.

Mais l’Église catholique a largement changé depuis 1905 ; elle a accepté, du bout des lèvres d’abord, en distinguant la thèse et l’hypothèse, puis de plein gré, la liberté religieuse, la laïcité. Avec Vatican II, elle s’est engagée dans la voie de l’oecuménisme et du dialogue avec le judaïsme et les religions non chrétiennes. Le cléricalisme qui est toujours une tentation, et pas seulement dans le catholicisme, ne constitue plus une menace réelle.

Depuis 1905, la liberté de conscience a été confrontée à bien d’autres menaces : les nationalismes et la guerre, avec le bourrage de crâne et la propagande, puis les totalitarismes fascistes et nazis rendant l’État tout puissant (la “ statolâtrie ”), la dictature stalinienne athée, l’avilissement de l’homme, le viol des consciences, le matérialisme et la mondialisation réduisant l’homme à un consommateur, aboutissant à l’homme unidimensionnel.

Avec les massacres de masse, la menace nucléaire, le colonialisme et le néocolonialisme, les discriminations raciales et religieuses, la ségrégation (même justifiée par la Bible en Afrique du Sud par des dirigeants qui étaient parfois des descendants de huguenots et prétendaient s’inspirer de Marie Durand !), le XX e siècle n’a pas manqué de domaines où la revendication de la liberté de conscience de Pierre et Marie Durand a été directement mise à mal.

Dans l’ensemble, les Églises protestantes en France ont été assez vigilantes et lucides face à la montée des périls et ont su armer les fidèles pour le bon combat, avec les armes de la foi. Aujourd’hui, ces menaces n’ont pas disparu. Mais d’autres menaces apparaissent, plus sournoises encore. Lors de la séparation de 1905, la France était très largement christianisée, au moins sur le plan culturel. Aujourd’hui ce qui domine, ce n’est pas l’hostilité face à la religion, ni même l’indifférence, c’est l’ignorance, la méconnaissance des différentes confessions de foi. Il y a eu une rupture culturelle dans la transmission de la foi, alors même qu’il y a une forte demande de religieux diffus et chaleureux, de “ religieux à la carte ” que l’on viendrait grappiller en consommateur exigeant. Ceci amène à réclamer fermement un enseignement de culture religieuse ou une plus grande attention aux phénomènes religieux à l’école (rapports de Philippe Joutard puis de Régis Debray). Mais si les pouvoirs publics en sentent le besoin, ils ne savent comment y répondre. On voit se développer aussi une absence de repères qui permet de dire que tout se vaut, et en même temps des revendications identitaires et communautaristes. Sur ce terreau fécond se développent des phénomènes sectaires où des dirigeants peu scrupuleux cherchent à manipuler les consciences pour le pouvoir ou pour l’argent. La liberté de conscience peut être menacée par ces mouvements sectaires, mais aussi par une lutte globale, sans distinction contre tous les nouveaux mouvements religieux aisément qualifiés de sectes. Il ne peut y avoir de “ religieusement correct ” pour l’État.

Il y a un risque que l’on aille “ vers une France païenne ” (Hippolyte Simon, archevêque de Clermont) ou pour prendre un vocabulaire plus biblique et plus protestant, que l’on retourne aux idoles. Nous savons que ces idoles nous attirent, nous séduisent aisément, d’autant plus qu’elles sont, semble-t-il, à portée de la main, voire achetables. Nous les connaissons bien, le pouvoir, l’argent, le sexe…Ces idoles ont gagné de nouveaux terrains avec les armes de destruction massive, la multiplication des conflits, le rôle des États-Unis comme gendarme du monde, une mondialisation aux échanges déséquilibrés qui rendent les pauvres toujours plus pauvres et les riches toujours plus riches, l’uniformisation de la pensée (le politiquement correct, le prêt à penser), l’utilisation de la religion à des fins politiques, le recours à la violence pour avoir raison malgré tout, les terrorismes, mais, peut-être plus que tout, l’absence de valeurs, de repères, de conviction et d’éthique (la liberté supposant une éthique de responsabilité et la démocratie nécessitant la vertu).

Car, derrière les combats pour la liberté de conscience qui nous imposent par exemple d’accueillir l’étranger, de “ faire une place à la table de la République ” pour les cultes nouveaux, islam, bouddhisme…, il y a d’abord la conscience, son respect, sa formation. Et l’essentiel tourne bien autour de la Vérité, non la vérité que je possède et que je chercherais à imposer aux autres, mais la vérité qui m’est donnée par le tout Autre, la vérité qui m’appelle, me dépasse, qui met en marche, le “ lekh lekha ” d’Abraham, l’appel de Moïse à sortir d’Égypte malgré toutes les difficultés, une Vérité que je poursuis dans une quête intellectuelle et spirituelle, une Vérité qui me possède.

Contrairement à ce qu’un certain indifférentisme consommateur, une prétendue libération affirment, tout ne se vaut pas et tout n’est pas possible, l’homme doit se savoir limité. Il doit aussi prendre des risques. Je suis chaque jour appelé à choisir entre la vie et la mort, le juste et l’injuste, le bien et le mal, je suis appelé chaque jour à inventer la maxime de mon action. Ce n’est pas toujours facile, mais il y a des repères pour cela. Dans la morale kantienne, c’est l’impératif catégorique. Pour le croyant, le repère, il le trouve dans la lecture des Écritures éclairée par le Saint-Esprit et dans le recours à la prière. Et parfois l’on ne voit pas, on ne comprend pas. Dieu ne répond pas, Dieu se cache, Dieu est absent. Où était Dieu à Auschwitz ?

La laïcité est pourtant bien la condition du vivre ensemble.

Je peux me tromper, je peux faire fausse route, mais il y a toujours une possibilité de pardon. Je sais que, dans mes erreurs, dans mes aveuglements, je suis appelé à la rencontre de l’autre, par la présence du Tout Autre, Moi et Toi, pour pouvoir dire nous, et créer une communauté, une communauté de vie et de partage, une communauté de convictions aussi, dans un pluralisme vécu et partagé.

Jésus-Christ est le seul Seigneur comme le confessaient Pierre et Marie Durand, et aucun pouvoir en ce monde, fût-ce le roi de France, le roi tout puissant, le roi soleil, ou fussent les idoles d’aujourd’hui, ne saurait nous séparer de lui. “ Esprit qui les fit vivre, anime leurs enfants pour qu’ils sachent les suivre ” pour qu’ils sachent profiter de la liberté de conscience, de la laïcité, pour vivre et témoigner de la puissance du Seigneur et être des citoyens responsables, appuyés sur des convictions et pour qu’ils puissent proposer des repères pour avancer, malgré les ténèbres et les difficultés de ce monde, vers la Lumière.

Et cette marche ouvre à la communication : Pentecôte n’a pas aboli la pluralité des langues, n’a pas reconstitué le totalitarisme de Babel, considéré comme une malédiction, mais a permis la compréhension - compréhension d’une conviction proclamée : Jésus est vivant, Jésus est le Seigneur. Mais conviction proposée et non imposée - laïcité vraie où le croyant a sa place mais n’est pas le centre du monde, car le centre, c’est Jésus sauveur.

1 cité par Dominique KOUNKOU, La religion, une anomalie républicaine ? L’Harmattan, Paris, 2003, 265 pages, p 109.

2 ibid p. 12

3 Ibid p. 14

4 in BUCHHOLD Jacques (sous la direction de ) Laïcités, Enjeux théologiques et pratiques, coll. Terre Nouvelle, Ed. Excelsis/EdiFac, Cléon d’Andran/Vaux-sur-Seine, 2002, 205 pages ; p.30.

5 Ibid. p 163.