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Psaume 144

Psaumes 105

Doléances. Les protestants donnent de la voix 

TEMOIGNAGE CHRETIEN, Edition du 27 janvier 2005

Réforme de la loi 1905, tracasseries administratives... la Fédération protestante de France ne reste pas inerte en cette année de double anniversaire.

par Jérôme Anciberro

La loi séparant l’Église de l’État aura cent ans cette année. Tout comme la Fédération protestante de France (FPF), qui rassemble aujourd’hui la plupart des organisations et Églises se réclamant du protestantisme dans notre pays. La FPF, qui défend depuis toujours mordicus le principe de laïcité, est la seule grande organisation religieuse à réclamer clairement l’évolution de certaines dispositions de la loi du 9 décembre 1905. Les protestants sont, en effet, les premiers concernés puisque la majorité des associations cultuelles se réclament du protestantisme. Les catholiques sont, quant à eux, organisés en associations diocésaines, qui relèvent d’un autre statut, adopté en 1924. Or, le statut d’association cultuelle, comme son nom l’indique, limite l’activité de l’association au seul culte, ce qui pose problème pour des activités annexes comme la catéchèse, les publications, le caritatif, etc. Un toilettage du statut des associations 1905 serait aussi, d’après certains protestants, une manière de reconnaître le rôle public des religions. L’insistance du président de la République à rappeler son attachement à ce « pilier du temple » républicain laisse cependant mal augurer un changement dans ce domaine. Par ailleurs, comme l’a souligné le président de la FPF, Jean-Arnold de Clermont, lors de son entrevue du 11 janvier dernier avec le Premier ministre, de plus en plus d’organisations protestantes sont victimes de tracasseries qui seraient autant « d’effets collatéraux » du débat sur la laïcité. On refuse ici les certificats fiscaux pour des dons et legs à une Église implantée depuis des années. On empêche là l’implantation de lieux de cultes au motif qu’il n’y aurait pas assez de places de parking pour les fidèles. Des caisses d’allocations familiales ont refusé des bons de vacances pour des associations qui organisent des camps de jeunes où sont proposés des temps cultuels ou bibliques. Des assureurs invoqueraient également le « risque religieux » pour refuser de renouveler des contrats d’assurance avec des associations cultuelles. Ce sont souvent des associations liées aux Églises évangéliques, dites « ethniques », qui font les frais de ce « zèle laïcard », selon l’expression employée par Jean-Arnold de Clermont. Le courant évangélique, dont se réclamerait un bon tiers des protestants en France, est précisément celui par qui le bouleversement du paysage protestant arrive. Moins structuré que les courants réformé et luthérien, il peut donner une impression de désordre et de morcellement inquiètant des Français volontiers critiques vis-à-vis des religions, mais plus ou moins rassurés par les institutions centralisées, dont le modèle reste l’Église catholique. Certaines de ces Églises évangéliques sont elles-mêmes organisées en unions et souscrivent à la charte de la FPF. D’autres non. Les pratiques liturgiques ou pastorales, les sensibilités théologiques y sont très variées. Un autre débat a rejailli récemment, sur l’attitude à adopter face au conflit israélo-palestinien. La diffusion télévisée par Présence protestante en octobre dernier d’un documentaire sur le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens a provoqué des réactions très contrastées (1). Certaines Églises protestantes, souvent évangéliques, défendent des positions pro- israéliennes, fréquemment pour des raisons théologiques, et n’hésitent pas à exprimer leur désaccord avec d’autres courants plus sensibles aux difficultés du peuple palestinien. Alors que les observateurs scrutent l’évolution du monde musulman, le nouveau paysage protestant réserve certainement lui aussi bien des surprises... Jérôme Anciberro 1. Lire "Réforme" des 6 et 13 janvier autour du colloque organisé par l'hebdomadaire : « Israël et nous ».

Stabilités et recomposition

Selon un sondage Ifop publié le 13 janvier par l’hebdomadaire Réforme, les protestants représenteraient 2,2 % de la population française, soit environ 1,3 million de personnes. Il n’y a donc pas de baisse du nombre de protestants en France, contrairement aux catholiques, dont la part dans la population française (64,3 % selon un récent sondage CSA-la Croix, contre 69% en 2001) baisse d’année en année. Cette stabilité serait due à l’apport des Églises évangéliques, notamment africaines, particulièrement présentes dans les grands centres urbains. Les Églises protestantes historiques sont confrontés à une baisse sensible du nombre de leurs fidèles. Les protestants continuent par ailleurs de voter plus à gauche que les catholiques (47 % contre 39 % chez les catholiques). 15 % d’entre eux se sentent proches des Verts.